YL : « L’intimisme c’est dans mon ADN. »

Entretien avec YL pour la sortie de son nouvel album Larlar (part. 1)

Près d’un 1 an depuis la sortie de son album portant son prénom Yamine, YL présente son 6ème album, Larlar (Part.1) , presque 6 ans après son premier opus. Ceux qui suivent le rappeur ayant grandi à la cité d’Air Bel sont déjà familiers avec “Larlar”. En effet, YL a créé une série de freestyles sous ce titre, le premier ayant été révélé au début de l’année 2020.

“De base ça part d’une idée avec la série de freestyles. L’idée c’est d’avoir le titre le plus intimiste et le plus dénudé possible. Larlar c’est un surnom qu’on m’a donné au quartier, c’est un surnom qu’on me donne malgré moi. Ça m’a permis de sortir des freestyles avec une complète liberté de temps et artistique.T’as un Larlar #1 très très rap, un Larlar #3 qui marche aujourd’hui super bien sur TikTok, Larlar #5 hyper intimiste en piano-voix, Larlar #9 à la DMX où je rappe pendant je sais pas combien de temps. »

Comme j’aime bien le dire, parce que c’est la meilleure manière de comprendre, Larlar est à YL ce que Slim Shady est à Eminem.”

On peut alors se demander pourquoi un rappeur comme YL, connu pour l’intimité qu’il crée dans sa musique et sa proximité avec ses fans, a attendu si longtemps avant de donner à un album un titre aussi personnel :

L’intimisme c’est dans mon ADN. Même dans mon dernier album ça sera comme ça. La mission principale du rap c’est de faire passer un message. Ça peut être revendicateur, mercantile, de paix ou même de guerre. Pour moi le vecteur qui me fait retourner en studio et écrire un projet, c’est quand je vis quelque chose. Donc mon rythme de sortie en souffre. Je suis un rappeur nouvelle génération, j’arrive en 2017, et j’ai un rythme de sortie comme un rappeur de 2010. J’ai vraiment besoin de vivre des choses pour sortir un album. Les aspects intimistes d’avant, je les ai illustrés plus gentiment dans cet album. C’est aussi sur ce qu’il se passe dehors. Dans Yamine j’ai essayé de raconter ce qu’il se passe à la maison, avec la famille, là c’est différent.”

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Un DIPTYQUE conceptualisant le clair obscur

En y prêtant attention, ces 12 titres ne constituent que la première moitié d’un diptyque. YL partagera les raisons de son choix de diviser son œuvre en deux segments distincts, chacun associé à une couleur différente :

“C’est quelque chose que j’avais déjà fait avec le double album Æther & Héméra / Nyx & Érèbe. Ça se dessine parce qu’on fait des morceaux, et certains d’entre eux ont une couleur et d’autres titres une tout autre couleur. C’est comme la cuisine le rap, il y a des choses, des saveurs, qui ne se mélangent pas. Et parfois ça va ensemble, sans vraiment aller ensemble, donc qu’est-ce qu’on fait ? On fait une entrée et un plat. Donc on a envoyé l’entrée, on va bientôt envoyer le plat.
Pour cette première partie, la cover est assez lumineuse et chaleureuse. Derrière moi on voit une certification et ce n’est pas n’importe laquelle. J’ai mis un seul single d’or alors que j’en ai d’autres. Ce single là a une valeur bien précise par la photo sur la cover. C’est une photo de moi petit le jour de mon baptême avec toute ma famille. Vous verrez quand vous allez découvrir la deuxième cover, il y a un lien sans qu’il n’y en ait, c’est à l’opposé tout en étant super rapproché. C’est tout le concept du clair obscur.

Pour ceux familiarisés avec la musique d’YL, il est évident que le jeu de lumière et d’obscurité est une de ses caractéristiques majeures. L’artiste marseillais a le talent de faire voyager son auditoire à travers différentes émotions. Sa discographie inclut des morceaux plutôt légers et lumineux, comme des titres aux paroles fortes imprégnées de réalités de vie difficiles. Nous avons saisi l’occasion d’échanger avec le rappeur sur cette capacité particulière :

Je suis deux extrêmes. Je suis capable de partir en couille complet pendant une soirée, et le lendemain matin j’ai besoin de partir à la campagne et d’être calme. Je suis hyper controversé, mais l’humain l’est en général. On est parfois porteur de valeurs contraires. C’est ce qui fait la beauté du truc je trouve. Un mauvais gars peut avoir du bon et inversement.”

Si le rappeur semble puiser ses inspirations dans des sentiments extrêmes, cette ressource semble parfois ne pas suffire. Effectivement, il n’existe, selon YL, pas réellement de recette magique pour trouver les mots, hormis le temps et les moments de vie. Dans son sixième album, le rappeur avait encore beaucoup à exprimer, mais sa relation avec la feuille et le stylo semble plus instable que jamais :

C’est vraiment une maladie… La feuille blanche ça existe chez moi. »

« Ça existe pour de vrai. Pour faire une comparaison, un peu misogyne, désolé mais je vois que ça, l’inspiration c’est vraiment la femme la plus capricieuse que j’ai jamais rencontrée de ma vie frère. J’ai pas de code avec elle, j’en profite quand elle est là. Ça n’arrive pas parfois pendant longtemps et il y a même l’angoisse que ça ne revienne jamais. Mais je ne me remets pas en question. Ça dépend des choses que tu vis. Parfois t’es pas assez heureux, parfois t’es pas assez triste. Des fois tu es trop heureux pour écrire, ça m’arrive. Faut qu’il m’arrive des merdes pour que j’écrive. Quand j’ai commencé à écrire c’était pour extérioriser un mal être. L’art ça implique un sentiment réel que tu puisses transcender. Donc ça nécessite du recul.

des featurings de proximités

Ce nouvel album inclut des collaborations avec des artistes tels que Sadek et Kofs, que l’on savait déjà proches de YL. Pour le rappeur marseillais, inclure ses amis dans ses albums est devenu une tradition, et Larlar (Part.1) ne fait pas exception à cette règle :

“D’abord je fais des feats de proximité. J’ai la chance de pouvoir collaborer avec mes gars et qu’eux ont du succès de leur côté. Je pense à un Kofs qui fait très bien son chemin de son côté, Naps qu’on ne présente plus et même d’autres. Quand je fais un projet, je le finis et ensuite je vais chercher les featurings pour que ça colle parfaitement à mon album.”

L’artiste a notamment mis en avant la spontanéité de chaque collaboration avec ses collègues proches, et notamment Kofs. Face à la question de savoir si les deux rappeurs d’Air Bel avaient déjà débattu sur qui garderait quel titre, YL nous rassure :

“Non, il est plus grand que moi il m’aurait fait mal. Mais récemment on s’est chamaillés pour récupérer des titres. Il a la tête dure, et moi aussi (rires)
On est tellement dans nos vies professionnelles et familiales, qu’on a pas une seconde pour nous. Donc on se cale à Marseille, on fait de la musique. Et après on discute de qu’est-ce qu’on en fait. Est-ce que ce titre tu veux le prendre, et ce que moi je le veux dans mon album, etc”

A6-A7, LA RENCONTRE AVEC MIG

L’album présente aussi un autre rappeur, Mig, l’un des talents les plus prometteurs. La collaboration Paris-Marseille est brillamment mise en valeur sur le morceau A6-A7. YL nous partagera des détails sur cette collaboration :

A6-A7, franchement j’ai pas trouvé mieux pour représenter la connexion Paris-Marseille. Je suis très content de ce feat là. On a trouvé une prod, une genre de nouvelle drill un peu à la Dave/Central Cee. C’est un genre justement que moi j’ai eu le temps d’assimiler, mais lui Mig il vient de là, de ces BPM, c’est facile pour lui. Ensuite quand j’ai la prod, je vois directement comment je peux l’amener sur ce délire drill mélodieuse.« 

C’est vraiment une génération de jeunes talentueux. Faut respecter les jeunes. Si tu prends l’exemple de Rim’K qui a toujours respecté les jeunes, tu comprends en quoi c’est important.”

jON SNOW

À la moitié de ce nouvel album, on découvre Jon Snow, l’un des morceaux les plus marquants de l’album. Ce titre est un de nos favoris, et il semble que YL partage cette opinion :

“Jon Snow c’est le personnage de fiction qui se fait le plus trahir dans sa vie, pour moi. C’est la figure du martyr. L’optique c’était de faire un son où je m’ouvre presque pour la première fois sur mes relations amoureuses, avec un refrain fort. Je crois que Jon Snow je le dis qu’une fois dans le son, mais c’est vraiment ce qui représentait le mieux ce titre.”

Elle m’fait la fragile elle, elle m’fait d’la magie noire. Mon cœur en bavait, j’suis discret tu n’l’as pas vu, non” – jON SNOW

En effet, l’artiste se dévoile pleinement dans ce morceau, qui comprend également un refrain marquant. Ce qui nous a particulièrement impressionné c’est ce deuxième couplet dans lequel YL reprend le flow de Quavo dans Nothing Changed, en collaboration avec son neveu Takeoff (RIP). Une référence qui, bien entendu, n’est pas passée inaperçue de notre côté :

“Ahahah t’es bon toi. Pas tout le monde a capté, j’ai même des preuves ! En vrai j’aime bien placer des refs, juste là c’est Quavo et Takeoff donc ça s’entend. J’ai déjà fait des références à DMX par exemple. Dans cette situation, c’était la prod surtout qui s’y prêtait ! J’écoute les Migos, mais je ne leur prête pas le même amour qu’aux rappeurs que j’écoute depuis enfant. C’est pas pour manquer de respect, ils sont énormes à côté de moi. Ils jouaient de moins de prestige chez moi et je récupère ce que j’ai envie en terme d’inspiration comme un flow quand il est lourd, mais c’est pas le même délire qu’un DMX ou d’un Haroun de la Scred ou Nessbeal de Dicidens où là je veux tout de toi, pas juste comment tu rimes, je veux aussi ta philosophie et voir des interviews de toi.

Ces exemples illustrent des figures ayant réellement influencé le rap français. Il reste à voir si YL poursuivra sur cette voie. Après six albums, le rappeur d’Air Bel a indéniablement marqué le milieu, et son influence ne fait que grandir. Bien que souvent considéré comme l’un des grands de ce jeu, Yamine n’en est encore qu’aux premières étapes de sa carrière.

Crédit photo à la une : @dachlo_